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Le Télégramme 20 février 2016

Philippe Briand. La mémoire jazzy de Cornouaille

par Gilles Carrière

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« The last gig »
« The last gig », en d’autres termes « Le dernier show » le 1e r décembre 2012 au Centre des Arts de Concarneau. Philippe Briand, au vibraphone, y accompagne la voix-star d’Anne Ducros.

« Dans l’ombre du Mont Frugy - jazz à bâtons rompus » : le jazzman quimpérois Philippe Briand y raconte son parcours de musicien. Et celle du swing en Cornouaille depuis les années 60. Un splendide pavé numérique de quelque 300 pages publié chez Atramenta, une maison... finlandaise !

Il s’affiche par autodérision comme un « géronte du jazz ». À près de 75 ans, Philippe Briand en a côtoyé des musiciens... Formé quelques-uns aussi : Sophie Alour, Julien Alour, René Goaër. Tout cela méritait bien un gros flash-back, une rétrospective analytique, un travail sous forme de catharsis aussi. Retour en arrière, donc : au sortir de la guerre, la Cornouaille est un monde clos, peu industrialisé, à la culture uniformisée.

Le mot jazz en 1957

De fait, les sources de divertissement y sont rares. « À Quimper, au début des années 1950, il existait deux ou trois magasins de disques, écrit Philippe Briand. Le premier, le magasin Wolff, était spécialisé dans la musique bretonne et écossaise : on y trouvait les productions de l’époque sur la marque Mouez Breizh. Il y avait aussi la maison Leconte, situé dans la rue des Réguaires, et dont je n’ai qu’un très vague souvenir. La maison Guivarc’h vendait surtout de l’électroménager. (...) Dans un coin du magasin, il y avait un bac où l’on trouvait des disques de variétés ». Dans le lot, pas ou si peu de jazz, bien entendu ! Le jeune Philippe entre en musique en assistant à une aubade donnée par le bagad du Moulin-Vert, pour l’inauguration de la passerelle de Locmaria en 1953. Deux ans plus tard, l’ado frondeur intègre, sur un tambour de fortune, le bagad Kemper, « un peu par hasard, et davantage pour les déplacements que pour tout autre chose ». C’est en 1957 qu’il rajoute enfin le mot jazz à son vocabulaire, à l’occasion d’un concert de Claude Luter (l’ex-complice de Sidney Bechet) à Concarneau. « Avec l’orchestre de Luter, Saint-Germain-des-Près débarquait à Concarneau avec douze ans de retard », s’en amuse Philippe Briand.

Aux côtés de Memphis Slim

Étudiant au Mans, à l’orée des sixties, un concours de circonstance extraordinaire lui vaut d’accompagner le légendaire bluesman... Memphis Slim ! De retour à Quimper en 1969, le virus du jazz est solidement ancré en lui.
Le déjà vieux théâtre municipal (actuel théâtre Max-Jacob) accueille le 6 décembre le Jazz Groupe de Bretagne. Philippe est là, à la batterie, avec notamment Hervé Le Lann à la trompette. Un événement ! Une demi-page d’ailleurs, le surlendemain dans les pages grand format du Télégramme. Sur scène comme dans la fosse, le costard-cravate noirâtre est encore de rigueur. Les jeans pattes d’eph’, c’est pour bientôt au cours de ce que Philippe Briand qualifie de « printemps du jazz ». Dans les seventies, on entre dans l’ère des discothèques, le Shogoun de Trégunc, la Potinière de Morgat. Les shows enfumés avec Chet Baker, Stéphane Grappelli... Parmi les estivants, quelques visages familiers : Jean Yanne, Pierre Tchernia...

« C’est le bout du monde, ton patelin ! »

En parallèle, Philippe Briand continue à monter à la bonne franquette (« jusqu’en 1982 ») trois ou quatre concerts par an, au théâtre municipal de Quimper. La Cornouaille s’est enfin ouverte au monde. Et dire que l’ami Grappelli lui avait lancé en mai 1970 : « C’est le bout du monde ton patelin. C’est pire que d’aller à Prague ! ». La décennie 80, pourtant, marque un tournant brutal - « la connivence du politique et de l’artiste », remarque le jazzman Briand. La culture institutionnalisée n’est pas du goût de notre drummer quimpérois ! Le quadra se retire du circuit, dévoré par son métier de professeur (agrégé) d’anglais au collège la Tourelle puis au lycée de Cornouaille. Une retraite en trompe-l’oeil puisque Fernand Tanguy, fondateur des Aprèm’Jazz et expert reconnu en missions impossibles, le convainc non sans mal de sortir de sa tanière. Le temps d’une nuit, à Concarneau, en 2012, « un dernier arrêt », rédige-t-il. Avec en guest, une star en la personne de la chanteuse Anne Ducros. La culture du swing, Philippe Briand l’a depuis transmise à son petit-fils Steven, installé à l’autre bout de la Bretagne, à Nantes. Une nouvelle étape ?

Pratique
Ouvrage disponible sur les sites Amazon et Fnac. Prix unitaire : 5,99 €.


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Les meilleures feuilles

Memphis Slim au Mans.
« En 1960-61, le Hot-Club (du Mans, NDLR) fit venir pour une soirée au caveau de l’Hôtel du Saumon, le chanteur et pianiste de blues Memphis Slim. Je crois que c’était son premier concert en France, où il allait s’installer définitivement pour y finir sa carrière, se produisant en duo avec son fidèle batteur Michel Denis. (...) Sur la scène, près du piano, trônait une batterie, qui appartenait sans doute au batteur "maison". (...) Tout à coup, Memphis Slim s’arrête de jouer, se tourne vers cette batterie et dit : « I see we’ve got some drums here. Drums, but no drummer. Anyone can play drums ? ». Aussitôt, les copains : « Oui, oui, lui il sait jouer de la batterie ! » Et avant de comprendre ce qu’il arrive, me voilà poussé, porté, installé sur le siège du batteur. Big smile de Memphis, et il démarre un shuffle à fond les ballons. Je fais ce que je peux. Fin du morceau. Je me lève pour retourner à ma place mais Memphis Slim me fait signe de rester pour le morceau suivant, et pour un troisième, avant la pause. Et c’est comme ça que j’ai commencé à jouer de la batterie. Par accident ».

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Stéphane Grappelli.
« J’aurais des tas d’anecdotes à raconter sur ces tournées avec Stéphane Grappelli, mais je n’en retiendrai qu’une. « Tu sais mon petit, me dit-il un jour, ton pays breton, je le connais depuis longtemps. Je suis venu en colonie de vacances au Juch quand j’avais 9 ans, en 1917 (Stéphane avait pour les lieux et les dates une mémoire extraordinaire). J’aimerais que tu m’aides à retrouver l’endroit. C’était une grande maison, ou plutôt un petit château dans la campagne » (...) Un jour de l’été 1972, nous avons pris la route du Juch pour rechercher ce « petit château dans la campagne ». Nous avons tourné en rond toute la journée, traversé les champs pour aller voir une vieille bâtisse cachée derrière un rideau d’arbres, fouillé les bois, interrogé les anciens... Bref, vers la fin de l’après-midi, nous sommes tombés en arrêt devant une grande maison envahie par les herbes folles, avec ses volets fermés, mais encore en place. Stéphane est resté silencieux, méditatif, et puis soudain : « C’était là mon petit, c’était là. Les frères nous faisaient monter sur le perron pour chanter un cantique avant d’aller nous coucher. Et là-bas, dit-il en pointant vers les fourrés, il y avait un four à pain ». Stéphane s’avance vers l’endroit désigné, écarte les branches, piétine les ronces, et enfoui là-dessous, se trouve effectivement un four à pain de l’autre siècle ! »


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